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+ -
(autel du soigneur de gravité)
Cette page fait suite à des notes en marge sur La mariée mise à nu par ses célibataires, même. Au départ, simple mise au point sur une utilisation du terme célibataire emprunté à Marcel Duchamp, elles suivent leur chemin, deviennent le carnet d'un voyage. Carnet à densité variable, au nombre de pages indéterminé, ouvert aux intercallaires.
... ce texte s'étoffera...
En tant que moi
Ambiguïté expansion
Ambiguïté écart-masquage
Introduction de l'aléatoire
Le fond et la forme unis
de... à...
La boule au flanc du plateau
Je n'ignore pas
Il est vrai aussi
Visite rapide d'une exposition

NOTES


[1]
[1] Chroniques des années 1916 et suivantes, à New York :

«Duchamp craignit de moins en moins les cocktails. Il commença à boire un peu trop. Une nuit, lors d'un bal d'artistes au Webster Hall, il s'entêta à grimper jusqu'au haut de la grande hampe du drapeau central, mat de Cocagne penché à 45° sur la salle. Il peinait, obstiné et menaçait de choir sur les danseurs. Il réussit enfin et tout le monde fit ouf!»

«On donna, un après midi une conférence de Cravan. (...) Cravan n'arrivait pas. Le public, extrêmement chic, l'attendait depuis une heure tout en buvant au bar. (...) Duchamp, ce soir-là, après tous ces drinks, chancelait et, pour la première fois, à ma connaissance, il éprouvait une légère amertume contre lui-même et contre ses amis. A la sortie, je dus le soutenir. Il était lourd. Nous avancions avec de grands zigzags. Il déclara : "Ces zigzags sont de trop. Ils sont à éviter." Et ils les évita par la suite. (...) il put arrêter cette inflation qui débute si agréablement.»

SOUVENIRS SUR MARCEL DUCHAMP par H. P. ROCHé - Réédité dans SUR MARCEL DUCHAMP de ROBERT LEBEL (1959 - RééDITION 1996)

Anecdote antérieure, jugée assez significative par l'intéressé pour qu'il l'ait racontée à cet autre ami, relais et partenaire : Robert Lebel, ainsi que par ce dernier pour qu'il nous la livre :

«...cauchemar que Duchamp eût à Münich en août 1912 : au retour d'une brasserie où il avait absorbé, dit-il, trop de bière, il rêva la nuit, dans la chambre d'hôtel où il achevait de peindre la Mariée que celle-ci était devenue un énorme insecte du genre scarabée et qu'elle le labourait atrocement de ses élytres. »

ROBERT LEBEL dans SUR MARCEL DUCHAMP de ROBERT LEBEL

Le thème insectueux et le goût juvénile pour les brumes de l'ivresse (à contrarier) ont un droit égal à être portés au registre des symptômes-mobiles-clés de la Mariée mise à nu.
Commençons par un petit paradoxe.

Henri Poincaré (L'Espace et la Géométrie -
La Science et l'Hypothèse 1902)


Suite des notes sur le Grand Verre et la Boîte verte


MALLARMÉ : Je révère l'opinion de Poe, nul vestige d'une philosophie ne transparaîtra ; j'ajoute qu'il la faut, incluse et latente.


Trop abstrait, manquant d'exemples - manque flagrant ici ou là - ce texte s'étoffera au fur et à mesure de rappels au texte de référence (La mariée mise à nu par ses célibataires, même), il mentionnera d'autres textes littéraires, l'histoire émergée de Marcel Duchamp et des (mes) expériences personnelles.
Lignée poétique de Marcel Duchamp
Dans le sommaire thématique du site, cette page est classée dans egoscopie.
Cette approche correspond à un usage extra-artistique de Marcel Duchamp, c'est à dire à un usage vital. Rien d'étrange à cela.
Je situe Duchamp a) dans la sagesse et l'aventure de vie, b) dans la littérature.
Pour différentes raisons, l'écriture est plus difficile à accomoder au fétichisme et à la réduction artiste que la peinture.
En considérant Duchamp b) d'un point de vue littéraire, je sollicite peu. En voyant en lui un capital écrivain je n'ai pas l'impression de le tirailler. Il mentionne lui-même Mallarmé et Roussel comme déterminants. Quantitativement, la création verbale s'équilibre avec la part graphique de son ouvrage. Une intention dramatico philosophique (ludique et spéculative) domine l'ensemble.
En vérité, le moment verbal est en unité organique avec le moment graphique et tridimentionnel.
Le rédimède n'est pas une pelle. La pelle est le faire valoir de son titre, ou du moins elle ne fait qu'un avec lui.
Le concours des deux registres, verbal et visuel, (enrichi parfois par d'autres types de juxtaposition que cet avant propos n'est pas le lieu de détailler - tact et vue, bi-linguisme, néo-grammaire, confrontation sérieux-trivial, préméditation-hasard, in vitro-in vivo ...), la déflagration ainsi recherchée correspond à ce que Pierre Reverdy théorisait sous le concept d'image poétique. Voir André Breton : Signe ascendant. Nous reviendrons sur ces questions. Pour l'instant, restons sur la réaction déterminée par la conjonction des mots et des visuels.
Une pelle est associée au titre In advance of the brocken arm ou En prévision du bras cassé... Une cage pleine de faux morceaux de sucre en marbre avec un thermomètre est confrontée au titre Why not sneeze Rrose Selavy ? ou Pourquoi ne pas éternuer, Rrose Selavy ?... Un moulage en bronze vague ment phalloïde va avec le titre Objet dart...
Sans son titre, le moment tridimensionnel de l'objet dart est orphelin et sans intérêt.
Sans sa Boîte verte, le Grand Verre existe peu.

Marcel Duchamp n'est encapsulé dans une histoire de l'art annonçant les pompes creuses de l'art contemporain, il n'est
Marcel Duchamp et les pompes avides
affublé des oripeaux du paradigme de l'ultra-artiste qu'au prix d'un contresens et d'une nullification.
Pseudo-historiens de l'art et pseudo-critiques sont les vecteurs d'une idéologie mortifère et idolâtre (le cas échéant, polémiquement idolâtre). Le préfixe pseudo s'impose lorsque le scribe oublie l'essentiel : que l'histoire implique une distanciation, un cadre d'objectivité (une méthode), et que la critique est incompatible avec l'allégeance à une institution.
En ce qui concerne Duchamp, théologiens du culte artistique et arbitres du marché du même nom sont les agents d'un rapt symbolique.
Leur méfait est en partie de bonne foi, car ce n'est pas sciemment qu'ils travestissent le propos de Duchamp (qu'ils travestissent le travesti). Son souci les dépasse, il leur est inaccessible. La pensée et l'esthétique de vie de Duchamp sont pour eux inconcevables car elles signifient leur condamnation. Pour justifier leur vaine existence ils le vident de contenu, lui plaquent des intentions superficielles, et en exhibent une approximation sans intérêt.
L'art contemporain est une entreprise obscurantiste.
Marcel Duchamp fut l'enfant phare.

Ma pratique de Duchamp perce ses propres galeries, mon Duchamp pratique suit ses veines. Sans copier,
Indépent dans (ce) cours en vie-vent
je m'autorise et m'éclaire de certains commentateurs. Par exemple, Robert Lebel et Jean Suquet. Tous deux ayant été en relation directe avec Duchamp. Lebel est plus qu'un commentateur, il est un complice, et Duchamp fut un véritable collaborateur pour son Sur Marcel Duchamp (1959 - Réédition 1996). Lebel et Suquet sont tous deux dans la mouvance surréaliste. Citer ces deux-là dans leur proximité à leur objet (et néanmoins ami) n'implique pas qu'une étude distanciée ou scientifique n'ait sa place vis à vis d'un objet tel que Marcel Duchamp. Au contraire.
Projet pour après : rechercher thèses de lettres, de sociologie, d'histoire culturelle, où serait considérée méthodiquement la méthode duchampienne. Après tout, les sciences humaines sont des pataphysiques comme les autres.

...

Le plein et l'opaque


réduits au nécessaire et à moins qu'au nécessaire.

Tableau lacunaire.

un lacunaire ultra-élaboré. Un ensemble de bribes mal jointes mais où chacune est une quintescence.
Le moindre mot en a laissé plusieurs derrière lui, chacun est le résultat de la compression sémantique de deux expressions ou davantage, de l'ajout, de la dérivation ou de la privation, ellipse, soustraction, d'une ou plusieurs charges de sens concret ou abstrait, de l'expansion métaphorique ou de l'immobilisation du sens au pied de la lettre,
Il y a le sens propre, le sens sale, le sens figuré, le sens transfiguré, la transfusion sanguine et la transfusion sémantique, le sang transfusé et même le sens transfusé.
saisi comme dans la glace les mots de Rabelais.

Duchamp, avec ses instruments, son tournevis, son fil et son aiguille, effectue la reprise de l'entreprise mallarméenne et de l'atelier roussellien - dans une réalisation qui dialectise comme aucune autre le maximalisme et le minimalisme, l'obsession (au moins 12 ans de recherches et de mise en œuvre, dont 8 de fabrication) et la désinvolture (éclairante pénombre latérale sur le geste créateur - lors de la décision de laisser le chantier en l'état et à tous les moments clé).
Rencontre du trop-plein et du vide, affirmation du plein du vide (et de l'inanité du trop-plein), surdistillation de l'à peu près (dans l' émancipation de son flou et sa promotion au statut d'étalon), culte hérétique d'une subversive exactitude et goût d'une exactitude subvertie.

Mise en mots
La série adverbiale n'est pas moins travaillée que la sphère substantive...
et cela dès le TITRE même :
a) Le même du titre, je ne sais encore s'il est (Boîte verte) un adverbe ou un adjectif indéfini ni à quelle unité manifeste ou sous-entendue il se rapporte - Duchamp frappe d'ambiguïté non seulement les membres des catégories mais les catégories mêmes, d'une ambiguïté à résoudre par les voies d'une logique différente du sens commun quoique très structurée ;
b) La mariée et les célibataires dès le titre se donnent et se dérobent. La lecture de l'œuvre consistera en leur recherche, en leur déduction, en leur recréation, non seulement afin d'assimiler les actions qu'ils accomplissent ou subissent, mais également leur identité allégorique... Assimiler, s'accomoder à, s'interpénétrer avec, plutôt que simplement chercher à comprendre.
L'ambiguïté n'est pas le résultat d'un déficit mais d'un processus qui nous permet d'élaborer et de nous élaborer en tant que spectateurs et en tant que personnes.
En tant que personne... En tant que moi. Désafilier Duchamp du champ artistique, le reverser aux 4 courants d'air du champ de ma vie.
Agir le moins possible comme une machine célibataire, m'exprimer à bruit secret, interragir et percevoir par inframince... D'autant que ça ne m'est pas naturel (percevoir par inframince oui, même trop, c'en est fatiguant - j'aimerais parfois, selon l'expression de Lichtenberg : avoir «des nerfs gros comme des câbles»). Un homme averti est souvent rattrapé par ses défauts d'origine. Bévues fréquentes. Je rate, j'échoue, je gaffe par manque de subtilité, d'hermétisme, d'ellipse, de conjugalité (conjugaison - dans le tissage : proposer mon fil de chaîne en tenant compte de votre fil de trame).
La Mariée - métaphore qui ne s'applique pas uniquement à des objets amoureux féminins, mais aussi à des objets amoureux masculins et à des foyers d'attraction autres qu'amoureux.
L'erreur se pointe, surtout si l'enjeu est investi et si la peur fait pression - précisément aux moments qu'il faudrait négocier avec le plus d'aisance, mais au cours desquels le vertige (soif du gain, peur de la perte) pousse à la faute (conduit à brusquer la Mariée - la Mariée : métaphore qui ne s'applique pas uniquement à des objets amoureux féminins, mais aussi à des objets amoureux masculins et à des foyers d'attraction autres qu'amoureux).

Des autels comme celui reproduit en haut de page (Autel au manieur de gravité - 1947) devraient être disponibles : escales sur certains parcours, lors de certaines négociations. Le désirant en phase d'épreuve s'y recueillerait, ces autels agiraient comme préventifs de surchauffe.

Des autels au manieur de gravité devraient être disponibles : escales sur certains parcours, lors de certaines négociations. Le désirant en phase d'épreuve s'y recueillerait, ces autels agiraient comme préventifs de surchauffe.
De facheux dérapages pouraient être ainsi évités. Invitation à prendre appui sur la puissance timide, à s'appuyer sur les cylindres bien faibles, étant donné leur force incitative, respectueuse de la liberté du partenaire potentiel. Car souvent celui-ci n'aime pas être forcé. Mieux que par des panneaux couvrant tout l'horizon, il (elle) sera convaincu par des papillons discrets, qu'il (elle) aurait pu aussi bien ne pas voir, mais que voyant il (elle) trouvera touchants en plus d'expressifs.
La puissance timide laisse de l'espace à l'objet et lui préserve son espace de sujet.

12 mars 2008 - 14 mars 2008

Ce matin, à l'occasion d'un appel téléphonique, je réalise que dans l'action j'oublie souvent le manieur de gravité. Parmi les êtres de la Boîte verte, le manieur de gravité figure pour moi un pondérateur d'équilibre (et un régleur de dynamique).
...
J'appelle de la rue, et déjà je vacille physiquement, mon vélo entre les jambes n'aide en rien à mon équilibre. Mon interlocutrice se révèle peu lestée sur le moment.
Mon vélo entre les jambes n'aide en rien à mon équilibre. Mon interlocutrice se révèle peu lestée sur le moment.
En général, elle ne l'est guère sur un plan, quoiqu'elle le soit sur un autre... Je lui propose un rendez-vous et sa voix ne dit pas que ça va de soi. Nous sommes presque familiers. Si nous en sommes encore au stade où on fait connaissance, nous n'en sommes plus au stade où "on fait connaissance". Mais - malgré son dernier courrier postal et son dernier e-mail - elle est un peu hésitante. Cette lettre et cet e-mail étaient tout de même le signe de quelque chose.
Un rendez-vous est noté mais pas comme chose évidente. Et je me suis montré vulnérable à ses hésitations, j'ai tangué à son rouli, roulé à son tangage.
Le 13 mars 2008

Le manieur c'est aussi le marieur. Le conjugeur, l'ange copulateur.
Existe-t-il un lien intrinsèque entre l'équilibre, la pondération de dynamique et l'avènement marital ? Pour moi oui en tout cas.
Ma dynamique s'emballe, mon cours peine à se conjuguer. Spontanément : trop de Yang.
A preuve : tout ce que des incarnations chères m'opposent de non ou de réserve en ce mois de mars. Ma dynamique s'emballe, mon cours peine à se conjuguer. Spontanément : trop de Yang. Ceci dit, les incarnations en question ne sont pas des perfections. En elles, des défauts gisent et agissent. Les leurs plus les miens : divergences orbitales, à l'intérieur de moi, d'elles, et entre nous.

Pour clore sans achever :

1. Qu'est-ce que le champ artistique mentionné plus haut ? Art contemporain. Espace de médiation. Contenant qui détermine ses contenus. Quintescence de l'inauthentique, du non-pertinent. Cimetière des uniformes et des livrées. C'est Myspace.com où ce qui importe c'est la côte de notoriété. Batterie de ponte de moules mâlics. Narcissisme et soumission. Les contenus qui s'y exposent sont bien plus déterminés que déterminants.

2. Duchamp refroidisseur - comment s'harmonise-t-il avec un autre idéal de la poésie : enfièvrer la vie ?
(La poésie, quand elle n'est pas ce qui se fait sous ce nom dans un cercle voisin du champ artistique - exemple de cataplasme dans ce domaine : Jacques Roubaud)
Réponse : Le manieur n'est pas un calmeur mais un pondérateur subtil. Tantôt il rafraîchit tantôt il réchauffe. Il ne radote pas sur une partition simpliste. Fort de son éducation sur les principes, il improvise.
Ceci dit : il n'est pas sûr que l'expression de Duchamp ne penche pas vers la quiétude. Garantie contre les sorties de route.
Un des mobiles du Grand Verre serait de conjurer les bévues de l'ivresse. Duchamp (ivrogne repenti) est très propre sur lui, pas vraiment dyonisiaque. Et alors ? Cependant...
Comme je le suppose, un des mobiles du Grand Verre serait même de conjurer les bévues de l'ivresse. Duchamp (ivrogne repenti [1]) est très propre sur lui, pas vraiment dyonisiaque. Et alors ? Cependant : propre mais brouillon (les paperolles de la Boîte verte), net mais fêlé (le Verre), au cordeau mais béant inachevé (le Verre). Sensible à l'écueil du trop propre sur lui, son propre manieur de gravité incite Marcel Duchamp à cultiver du désordre (mais méticuleusement) .

3.Comme le manieur de gravité n'est pas un bourrin mécanique appliquant toujours la même recette, il pourra parfois se désacoupler des cylindres bien faibles et se brancher sur une puissance ouragan : l'objet, loin de s'en offusquer pourra le cas échéant se soumettre à l'appel d'air et se laisser hâper par le puits ascensionnel.

Le 14 mars 2008
... un ouragan aux cylindres bien faibles ?


Mise en images
Quant aux hypothèses iconiques, elles sont travaillées par de multiples, successives, alternatives, précises ou approximatives (mais davantage précisément approximatives qu'approximativement précises) formulations géométriques.

Ambiguïté
Expansion résultant de la neutralisation partielle de l'un par son contraire
Moins c'est plus

Une ambiguïté se retrouve dans la plupart des films où un charme opère, des poèmes qui valent la peine, des photos qui nous marquent en douce, ainsi que des comportements qui prennent soin d'une élégance.
Difficile, sous peine de déchoir dans quelque platitude, de se livrer entièrement et en toute immédiateté.
BAUDELAIRE : ... on dirait un feu latent qui se fait deviner, qui pourrait mais qui ne veut pas rayonner.
Duchamp développe un art de faire et un art d'apparaître en disparaissant qu'il n'a pas inventé. Ce savoir faire sans faire savoir constitue une tradition. Mais il pousse celle-ci vers une extrémité et dans un extrémisme.
F. DOLTO : il se clôt dans un ailleurs, et aussi dans un événement dans lequel il se raccroche au corps - ici et maintenant -, par des rites de corps, des rites de coiffure qui font qu'il se cramponne tout de même à ce corps, mais ce n'est pas ce corps qui l'intéresse, il est à la fois ici est ailleurs.
Interviewer : Il s'affirme et se dissout en même temps.
F. DOLTO : Oui, c'est ça.
L'ambiguïté est chez lui poussé à sa dernière extrémité, et l'extrémisme n'en a pas les emblèmes. Plutôt être que paraître. Etre à condition de disparaître.



MALLARMÉ : Dans l'espace qui isole les stophes et parmi le blanc du papier : significatif silence qu'il n'est pas moins beau de composer, que les vers.


Ambiguïté... Ecart-masquage
Allégorie ésotérique, éros-thésique


A la seule vue du Verre un spectateur peut saisir quelque chose (comme beaucoup, j'ai été dans ce cas et je m'en suis d'abord satisfait, avant de découvrir que La Mariée était tout autant un texte qu'un tableau). L'apparence nue du Verre est expressive. La juxtaposition des formes et l'énigme visuelle sont opérantes - froideur de l'ensemble, aérodynamisme du haut, force statique du bas, vierge farouche, en haut, lourdeur comique des moules malics et de la broyeuse, en bas, double triple quadruple quintuple transparence ou translucidité : du verre et du chariot (c'est dans l'espace laissé libre par les montants du chariot que sont vus les moules, seuls éléments vraiment opaques de la figuration - avec les rouleaux de la broyeuse), translucidité des tamis, des tableaux occulistes et du tableau d'affichage de la voie lactée (inscription du haut)...

Voir le tableau peut déjà constituer une expérience. Mais connaître l'œuvre est autre chose, qui ne peut se réaliser que dans une approche analogue à l'amour.
Le Duchamp ellipique (lacunaire et ésotérique) est comme la Mariée qui se refuse
Noces alchimiques : aimer + connaître 
+ se connaître + 
advenir.
chaudement (pas chastement) à l'offre brusquée
(à la lecture pressée) des (spectateurs et lecteurs) célibataires (Boîte verte - 8).

Le Verre est un opéra non romantique. Le terme (Boîte verte - 8) n'est pas la mort tragique de la Mariée. La guèpe n'est pas Madame Butterfly - une victime -, ni une mante religieuse - un bourreau.
Le contenu de cet opéra est une noce mystique. Le contenant ultime du tableau aussi : rapport du spectateur captivé à l'œuvre et à lui-même.


Introduction de l'aléatoire

dans l'édiction des lois (nomos) de la représentation qui régiront le tableau.

Exemple : institution de plusieurs points de fuite selon diverses tentatives plus ou moins maladroites pour en pointer un (Boîte verte - 6).
L'aléa nomographe.

Ressources d'aléas : maladresse (voir ci-dessus) ; courant d'air (Boîte verte - 6 et 7) ; imprévisibilité de la chute des ficelles (Boîte verte -  5).

Stock d'oxymores : l'aléa est prescripteur (voir ci-dessus) ; "du hasard en conserve" (Boîte verte - 5) ; "ministère des coïncidences" (Boîte verte - 5)...
[retour page avril 2006]

Le fond et la forme

unis dans un enjeu commun : l'accueil de l'aléa au sein de structures méticuleuses (oxymore).

1 Le fond : tragédie des célibataires (pourront-ils jeter aux orties leurs attributs essentiels : le rail, le moule, le miroir) ;
2 la forme : lois de la représentation (géométrie) en vigueur dans le tableau + phénoménologie (?) (cosmos, physique, bionique, potentiel cybernétique...) de l'univers représenté ;
En toute rigueur, la phénoménologie (?) (cosmos, physique, bionique, potentiel cybernétique...) de l'univers représenté (caractères de l'espace et des espaces, propriétés des corps et de leurs relations...) appartient au représenté, au fond, au contenu, mais elle constitue un contenu qui contient. Le contenu dans son ensemble comprend un contenant : support et univers physique au sein duquel les objets et les êtres...
Il peut être difficile de démêler les particularités de l'univers représenté et les particularités de sa représentation.
Ceci pour la fabrique iconique. Quant à l'ouvrage des mots, il est tout autant mû par cette double dynamique : précision presque maniaque et fantaisie aléatoire.
3 la disponibilité de l'œuvre : passage de l'auteur au lecteur-continuateur de l'œuvre ouverte (lacunaire mais précise ; précise mais lacunaire)
- lecteur, sujet-objet de son imaginaire et de sa vie, dans le cours d'un parcours raffraîchissant au contact d'un corpus à la fois trivial* et ésotérique (autre oxymore).

Ces trois sphères (le représenté  ; les modes de représentation et de verbalisation ; l'existence situationnelle de l'œuvre en tant que centre de pratiques) sont à la fois conçues, composées, posées, avec une précision obsessionnelle, et ouvertes à l'imprévu.

Au sein du représenté : les moules malic (personnages en carence de vie) ne laissent aucune chance à l'aléa. Heureusement, des filaments de gaz leur sortent par le sommet de la tête et sont soumis à d'étranges métamorphoses.


L'imprévu est convoqué, accueilli, intégré, sans qu'il soit pour autant délesté de son essence.
Cadre de dialogue taoïste, vacciné contre le forçage et la stérilité célibataire.
Le Sage aide les choses à vivre selon leur nature
Et se garde de les forcer.

(Tao-tê-king)

Le Duchamp accompli est ce personnage hybride, une quadrature du cercle à lui tout seul : horloger de précision, architecte des bâtiments inhabitables, concepteur en quête de l'impensable (selon la formule de Bachelard : «penser contre le cerveau»), et contemplatif grand ouvert, qui élève de la poussière comme la terre accueille la pluie et le fataliste les fruits d'or aussi bien que le phyloxéra. Et cela non pas dans une succession mais simultanément (quadrature du cercle).


de à
2 Mariée Marcel
1 Celibataire

Dépasser la vierge, conjurer le célibataire, par l'apothéose discrète d'une issue rimbaldienne :

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L 'éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

(Fêtes de la patience - Poésie ; il existe une variante de ce poème dans Délires II, Alchimie du verbe - Une saison en enfer)

La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde.
(Délires I, Vierge folle - Une saison en enfer -)


Duchamp dénie à Rimbaud toute importance stratégique. Valorisant au contraire Mallarmé, Roussel, Laforgue (Interview). Mais outre qu'on ne lui pose pas directement la question et que c'est spontanément qu'il nomme Rimbaud (comme si, n'étant pas crucial, il aurait pu l'être...), les topiques des deux extraits de poèmes ci-dessus se retrouvent dans la Boîte verte et le Grand Verre.
L'horizon séparateur qui s'anéantit dans le poème de Rimbaud est l'élément autour duquel se situent tous les éléments du Grand Verre.
2 MarSol. Marcel L'éternité               
1 CelMer
Dans le jeu de glissements verbaux, et de recréation d'un monde, l'horizon se nomme aussi vêtement de la mariée (Boîte verte - 20).
Le passage du célibataire à la mariée (Boîte verte -  8) est un pendant à "la mer allée avec le soleil".

Quant à "La vraie vie est absente", cette formule rime avec camelote de vie (Boîte verte - 14), et avec cimetière (Boîte verte - 11).
"La vraie vie" est atteinte par le passage du célibataire à la mariée.

La case vide : pour indiquer que Marcel ou L'éternité sont des figures générales, des x algébriques pouvant être remplacées par des entités plus précises...

Marcel ici figure abstraite, mais Marcel Duchamp de chair et d'histoire, de sang et d'esprit, dans la primeur d'une Vie-Grand-Œuvre indémélable d'un Grand Verre.

Autre exemple de l'affinité du Grand Verre avec des thèmes rimbaldiens : "Ils ont toujours fait tresse avec leur chaises." (Les Assis - Poésies) Cela rappelle (annonce) bien sûr les moules malic (Boîte verte -  11).
S'il eût été juste avec le poète ardennais, le peintre normand eût fait figurer comme neuvième figure dans le cimetière des uniformes et des livrées (Boîte verte -  11) le bibliothécaire de Charleville dont Rimbaud fait la satire dans son poème ("Les Assis, genoux aux dents, verts pianistes...").



La boule au flanc du plateau

du Soigneur de Gravité n'est pas un objet menacé de déstabilisation (de chute), mais un agent stabilisateur. (Boîte verte -  7)

comme quoi :

Titres, notes :

soigneurs de l'accomodation perceptive.

(Dessin M. Duchamp avec note non consigné dans DUCHAMP DU SIGNE
 reproduit dans J. Suquet EPANOUISSEMENT ABC)
*Trivial, voir ci-dessus : "...comme certains soufflets de fête à Neuilly."



NOTES sur les NOTES d'avril 2006 :



invitation à lire l'œuvre commme miroir d'une cure... mais
je n'ignore pas
que Duchamp a défendu, par l'intermédiaire d'une citation de T.S. Eliot, l'idée selon laquelle l'artiste doit tenir sa souffrance à l'écart de sa production (Le processsus créatif 1957).
Cette idée me paraît dogmatique, mais peu importe ici.
Comment concilier l'impassibilité avec la présence d'un je souffrant, d'un soigneur et d'un refroidisseur ?
Comment concilier l'impassibilité avec la présence d'un je souffrant, d'un soigneur et d'un refroidisseur ?
Ce dernier élément ne peut être là (Boîte verte -  8) que pour réduire un échauffement, un produit du pathos. La clé peut être dans un projet d'ataraxie non innée, non gagnée d'avance.
Rappel : Duchamp fut ivrogne dans ses jeunes années newyorkaises (Souvenirs de Henri-Pierre Roché [1]). L'aspect ascétique de son style corporel et artistique pourrait indiquer une puissance passionnelle contre laquelle il aura voulu se prémunir, car elle risquait de chavirer ses centres de gravité - par exemple troubler son rapport souhaité avec les choses, certaines femmes, le public (présent ou futur), ses pairs, lui-même.
Maîtrisant et circonvenant les poussées passionnelles béantes, il optera pour les découpes précises sans restriction ou presque. Ce presque : la béance résiduelle de l'inachevé, sans lequel la vertu d'oxymore périclite - Le yang de
Le yang de l'inachevé contribue à une apothéose dans laquelle ne peut déboucher le seul ying de la précision.
l'inachevé contribue à une apothéose dans laquelle ne peut déboucher le seul ying de la précision. Au lieu des élans vaseux la ligne froide (expression de Duchamp à propos de la période machines de Picabia - catalogue de vente à l'Hôtel Drouot de 80 Picabia "appartenant à M. Marcel Duchamp" 1926)... au lieu de l'ébriété la puissance timide (Boîte verte -  8)... au lieu de la fièvre l'extase blanche... au lieu de la poitrine gonflée des adeptes de la gesticulation en général et picturale en particulier Marcel Duchamp pousse dans la chambre à essai son moteur aux cylindres bien faibles (Boîte verte -  8).

On trouve deux références à l'alcool dans les texticules de la boîte.
Une bouteille de liqueur normande (Bénédictine ; Boîte verte -  15) figure
Il faudrait alors ne pas écarter des objectifs du Grand Verre un combat (de boxe) contre l'échauffement, jusques et y compris dans sa dimension alcoolique.
parmi les instruments de la mécanique - un contrepoids de la forme de cette bouteille intervient dans les aller-retours du chariot.
Le champagne est également mentionné, pour préciser que telle éclaboussure n'est pas identique au pétillement de cette boisson. (Boîte verte -  17)
J'ignore la portée précise de ces exemples ; mais mentionner une chose (champagne, Bénédictine), même au détour d'une phrase et à propos d'autre chose, peut parfois signaler (suggérer, trahir...) son importance. [retour page avril 2006]

Le champagne figure vraiment en passant, mais l'importance d'un élément n'est pas proportionnelle à ses apparitions. Je crois même que, métaphore de l'ivresse et des salons (de l'ivresse des salons), il a une portée qui pourrait être fondamentale.
L'éclaboussure dont il est question - et qu'on ne saurait assimiler à une pamoison mondaine (c'est à dire exhibitionniste, étincellante, vénale, intéressée, narcissique, spéculairement complaisante - elle en est tout le contraire) - est en effet le moment-clé de la pièce, son terme...

Le poids en forme de bouteille de Bénédictine est un rouage à part entière, un second rôle mais pas un figurant. Je n'ai pas plus à en dire pour l'instant, à part que la fabrique Bénédictine était (est - fonctionnant aujourd'hui comme centre culturel) située à Fécamp qui fut (fut) un grand port harenguier, sur la Manche, dans le département qui se nommait à l'époque la Seine-inférieure (aujourd'hui Seine-maritime). Pas de référence au poisson dans le Verre et la Boîte.
Mais nous pouvons remarquer une fois de plus que l'(an-)artiste, que le sage humoreux et ô combien cosmopolite, que le travesti à ses heures, Marcel Duchamp alias Rrose Sélavy alias R. Mutt (pour ne mentionner que trois de ses identités connues), prennait fortement en compte ses origines familiales et n'hésitait pas à rappeler certains lieux et certains spectacles qui avaient marqué ses jeunes yeux et son jeune esprit.

Si Marcel Duchamp s'aventure si loin c'est à partir de cette sécurité identitaire. Cette expression semble affreuse, mais son sens ne l'est qu'hors de sa dialectique : ce n'est qu'à partir d'une sécurité de base, innée et acquise, qu'il put prendre des risques et inscrire sa vie dans une liberté subversive.

Parenthèse : Subversive, même si certains, à force de contresens, s'efforcent d'en mettre l'expression (d'en évacuer le sens et le nonesense) au service d'un courant d'aliénation excentré mais lié à la société bourgeoise de pointe (pas du tout excentrique) : l'art contemporain et nombre de ses congestions dites conceptuelles (en réalité pulsionnellement et intellectuellement incapables d'énoncer le moindre meta-concept d'elles-mêmes).
Duchamp était centrifuge vis à vis des institutions et des marchés, démystifiant, jouant avec des identités fugitives, initiateur, risqué, complexe, agitant et léger ;
la majorité de l'art dit conceptuel, en honneur dans les Mac, les Momac et autres Frac et Fiac..., ainsi que dans les histoires de l'art écrites ou suivies, naguère ou aujourd'hui, par les professeurs des écoles d'art, est centripète vis à vis de l'institution et du marché, fétichiste, basé sur des ressources stéréotypées, imitateur, sécuritaire, simpliste, engourdissant et plombé...
A développer, peut-être.

C'est fort d'un cadrage symbolique et affectif que l'enfant-phare (Boîte verte -  1), fils du notaire de Blainville-Crevon et de son épouse, et frère de Gaston (dit Jacques Villon), Raymond, et, not last and not least, Suzanne, plus deux cadettes, est parti pour Paris, Münich, New York, Buenos Aires (pour ce qui est de ses étapes les plus connues)..., et aussi aux confins de la quatrième dimension..., et aussi assez loin sur la voie d'un mysticisme paisible et, naturellement - et pardon de le dire tellement cela va de soi -, athée. Athéisme polyvalent
Athéisme frappant d'inanité les principales superstitions : la société du spectacle, les institutions artistiques, la gloire, les honneurs professionnels, l'Ego-roi, le sentimentalisme rassurant.
(et républicanisme radical, ce qui est au fond la même chose) frappant d'inanité les principales superstitions : celles de la société du spectacle, des institutions artistiques, de la gloire, des honneurs professionnels et en tous genres, de l'Ego-roi, du sentimentalisme rassurant... (Dieu ayant été très avant disqualifié, il n'en est plus question)
Liste ouverte, mais impossible de la suspendre sans mentionner la rubrique croyance linguistique (= adhésion naïve au pacte que constitue chaque langue). C'est là l'une des toutes premières divinités (dominations) placées dans le collimateur. Elle correspond à l'un des objets majeurs de la Boîte - et du Verre - et à l'un de leurs moteurs : liberté prise dans le langage, vis à vis du langage comme miroir limitatif des mondes possibles et monde lui-même...
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inachèvement : apothéose et réussite dialectique... mais
il est vrai aussi
que voir l'inachèvement et la bribologie comme générosité n'exclut pas de s'interroger sur leur fonction subsidiaire comme stratégie de fascination. (A développer)
[retour page avril 2006]



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Visite rapide d'une exposition

Mercredi 7 novembre 2007. 18h00 environ. Rue Fontange.

Un passant s'arrête devant la vitrine d'Histoire de l'œil.
Au fond de la librairie, des cadres, des images... Dessins, photos, photomontages ? Le passant, myope, hésite et entre.

Devant le premier article - un prospectus commercial du début du XXème siècle - ses facultés classifiantes (les premières mobilisées) détectent la parodie. D'autres images - photos en noir et blanc non moins parodiques et leurs légendes - lui indiquent qu'il se trouve devant un décadrage (démarquage) très direct de Marcel Duchamp. Très direct, et même explicite, puisqu'une des accroches de l'exposition - son concept - est une fiction biographique d'un certain Duchamp Duchamp.
S'agit-il là d'une nième parodie affadissante à partir d'un Marcel Duchamp qu'on se figure ? Le peu d'ambiguïté de la scénarisation le laisserait craindre (ainsi que le nommage calamiteux du personnage).

Avant le positif, je mentionne - anticipant sur le visiteur qui à ce stade n'a pas encore réfléchi si avant - qu'un codage sans mystère disqualifie toute prétention duchampiste - vu le génie de l'enfant phare (Boîte verte -  7) pour se dérober aux stoppages de sa richesse de paraître, de disparaître, de devenir.

Marcel Duchamp et ses identités glissantes... Le langage qu'il fit passer dans des centrifugeuses, permettant au lecteur sous bonne étoile d'éprouver les prémisses d'une expansion mentale.

Illusoire de se croire dans la lignée d'un poète ayant perfectionné à ce point les recherches dans ce domaine sans tenir l'ambiguïté au carré pour un ingrédient de base. Or, le décadrage est ici très cadré, très appuyé.

Duchamp peut-il n'avoir qu'une lignée ? Peut-il avoir une lignée ? La richesse et l'ouverture de son propos permet des usages protéiformes (parmi lesquels des contre-sens - est-il possible d'en trouver d'enrichissants ?). Mais son gaz d'éclairage est insoluble dans l'air de son époque et plus encore dans l'air de la notre.

Quelque chose cependant retient le visiteur : la qualité des réalisations, la méticulosité de leur finition, et peut-être la présence de quelque perversité.

Pour être juste : rendre compte de la crédibilité de ce prospectus, de sa précision technique, ainsi que de l'univers impossible mais convaincant dont il relève ; de cette biographie il faudrait noter des singularités ; le langage classique de la longue légende qui accompagne cette image n'est pas sans qualité. Ces textes, plus volumineux que les images et les objets qu'ils commentent, ont leur place dans une fiction sur Marcel Duchamp. Celui-ci appréciait la longueur et l'étrangeté des titres et des légendes, une raison notamment de son goût pour Jules Laforgue. La Boîte Verte inonde le Grand Verre d'une verbalité proliférante.
Mais la réussite de la réalisation ne doit pas nous duper sur des codes très avérés. La veine et le scénario correspondent à des traditions déjà anciennes qui vont d'aspects superficiels de Kafka au journal Hara-Kiri en passant par une émission radiophonique telle que Les Papous dans la tête (jeux biographiques loufoques), sans oublier d'autres références plus artystiques.

Les tropismes retenus sont l'humour, la fiction, la parodie, l'absurdité dans la logique, le graveleux inquiétant, la déshistorisation. L'époque où est située la fiction ressemble, mais ne fait que ressembler, au début du XXème siècle. C'est en fait une époque impossible. Cet aspect uchronique interpelle le visiteur, et représente à ses yeux l'aspect le plus intéressant de l'exposition. Le seul ?

Tous ces ingrédients, à part l'uchronie, intéressèrent Duchamp. Mais ce qui reste de lui, irrémédiablement inaperçu et insaisissable, non intégrable
Tout autant que sceptique, Marcel Duchamp fut croyant - exerçant ces deux qualités sur des plans différents. Dissocier ces deux moitiés, en choisir une à l'exclusion de l'autre c'est amputer son propos.
dans un propos si soluble dans la culture ambiante (on est plus près de David Lynch que de Marcel Duchamp), c'est sa quête de souveraineté et de sincérité.
Marcel Duchamp n'est pas un plouc post-moderne exhibant des malabarismes attendus devant lesquels un public ébaubi se pâme de si bien comprendre que sur le fond il n'y aurait plus rien à comprendre, ni plus rien en quoi croire. Croire sans contrepoids de scepticisme c'est être béat. Le scepticisme non lesté de croyance conduit à être cynique. Duchamp ne fut ni l'un ni l'autre, moi non plus.

REF.s

L'extrait de Baudelaire provient de Le Peintre de la vie moderne - Le Dandy.
Étude sur le peintre et dessinateur Constantin Guys.

L'extrait d'un entretien avec Françoise Dolto, par Patrick Favardin et Laurent Bouëxière, provient d'un ouvrage édité pour l'exposition Splendeurs et misères du dandysme - Paris, juin 1986. (Réédition Mercure de France - Coll. Le petit mercure, 1999).
Le propos se développe autour de la personnalité du peintre Georges Mathieu, mais possède une portée plus vaste, et s'applique par moments fort bien à Marcel Duchamp.

La chanson citée de Pierre Mac Orlan s'intitule Ça n'a pas d'importance. Elle fut interprétée par Germaine Montéro.

Les citations de Mallarmé sont extraites de Réponses à des enquêtes - Sur la philosophie dans la poésie.


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Dernière modif.
15 07 2008

Un aspect de cette expo (l'essentiel ?) relève du culte à Marcel Duchamp. Celui-ci en ressort un peu plus fétichisé dans la culture branchée et exotérique. Or, la fascination pour Marcel Duchamp est inconciliable avec une véritable compréhension de son athéisme. Dans son projet : détendre certaines tensions, dissoudre les crampes, notamment adulatrices. Ne pas piger cela c'est risquer de réintroduire de la culpabilité et du mal là où l'intéressé a voulu nous tremper dans une électrolyse d'innocence. Son credo de beauté d'indifférence relève de cette intention. Qui adule est coupable, et si nul n'est innocent de la vénération qu'il suscite, Marcel Duchamp se retrouve fortemement pollué par cette culpabilité.

Je ne peux participer de lui, qui ne fut pas un fasciné, qu'à la condition de n'être point fasciné par lui.

Il n'est possible d'embrayer avec le noyau de sa comète qu'en le faisant légitimement déchoir. Il a lui-même employé ce verbe à propos de la Mariée. Cette expo est un piédestal de plus (même si peut-être pas que cela).

La vraie vie en est absente, un authentique M. Duchamp aussi. «... et moi, comme disait Pierre Mac Orlan, j'vais m'tirer au plus tôt... Je voudrais, je voudrais je n'sais plus quoi, je voudrais ne plus entendre ma voix...», et j'en ai marre des empailleurs, se dit le visiteur redevenu passant.


LES BAS MORCEAUX DE L'ODALISQUE
Rétrospective Duchamp Duchamp
Commisaires[*] : Odile Darbelley & Michel Jaquelin
Exposition du 8 au 24 novembre 2007
Histoire de l'œil 25, rue Fontange 13006 Marseille

[* Misaire du cimetière des uniformes et livrées ]