QUELQUES FRAGILES RéACTIONS VITALES - Accueil

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février 2011 :
Méditation cartésienne   Graffiti à Saint-Just :   Méditations détachables à propos d'attachements   Hypocrite,  

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( Photo : Empreintes Chemin du Roucas blanc )

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Dernière modif.
06 11 2011


Alterégoscopie / microroman

Méditation cartésienne  


Qu'X ne voie que les limites d'Y, nous révèle simplement l'étendue des siennes.

( Photo : Soldes, rue de Rome - Marseille )

En France, au mois de février, c'est les soldes.

En Tunisie, en Egypte, on solde les dictateurs.

En Algérie, en Lybie, à Bahreïn..., les tyrans s'accrochent encore.

Partout, un même cri : Dégage !!


(Photo : Affiche LE SYSTEME DEGAGE !!, Rue du Petit-Saint-Jean - Marseille )





Relevés du quotidien

Graffiti à Saint-Just :  

MA BANQUE M'A TUER 


Alterégoscopie / microroman

Méditations détachables à propos d'attachements  



Cette personne ne sait rien dire sans s'auto-clamer.


Quand le mort saisit le vif ou PASSIONS D'OCCASION.


Passer l'amour à la machine ou le recyclage de ma/ta/sa passion.


ou c'est reparti pour un tour (de machine) - pour une nouvelle révolution -
ou révolution hélio-centrée vs révolution anti-système (solaire) -

ou encore :

Le (ce) soleil dégage !!

ou

De ce soleil dégage-toi !!


Contenant

Hypocrite,  

j'ai placé ces aphorismes sous l'intitulé Alterégoscopie mais, comme c'est souvent le cas, le propos me concerne aussi.


Commentaires :

Le mort saisit le vif est une formule de Marcel Proust, reprise par Pierre Bourdieu dans un grand article publié en 1980 qui porte ce titre.

Passez l'amour à la machine est l'une des métaphores qu'Alain Souchon aura offertes à un patrimoine débarrassé de toute componction et néanmoins lourd d'un prophétisme en filigrane, qui nous dit comme seule la poésie vraie sait nous dire.

Dans le même disque nous trouvons ce distique :

On nous ment dès qu'on est né alors qu'on est
des foules sentimentales
-

lequel me laisse sans voix et aussi réjoui que pantois, comme le reste de la chanson et la plupart dudit disque. Celui-ci est paru en 1993, à l'apogée de l'orgie néo-libérale. De celle-ci l'auteur-interprète donne une vision d'une radicalité imagée que Rimbaud n'eût probablement pas désaprouvée, car fidèle à son appel au poète-voyant [1].

Quant à l'aphorisme tout en haut, il n'est dit cartésien qu'à la va vite.
Néanmoins, la conscience qui se mord la queue - ou plutôt se noie dans l'abîme de son insuffisance satisfaite, ou manifeste son infériorité d'autant plus qu'elle affirme sa supériorité -, cela me rappelle l'épatant début du Discours de la méthode selon lequel Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée puisque...

Quand aux X, Y - lettres de fin d'alphabet que leur froide étrangeté apparente si bien à l'abstraction - elles évoquent, bien sûr, les repères dits cartésiens. Ceux-ci s'imposèrent lorsque le célèbre méconnu proposa la géométrie commme médiation entre l'algèbre et l'algèbre.
(Descartes méconnu, car réduit par le vulgus qui n'en sait 
 (Photo : empreinte de
 chien ) mais à un pourvoyeur de règles de bon sens, alors qu'il fut simultanément un aventurier de l'esprit, un écrivain aussi subtil et touché par la grâce d'écriture que son pair Pascal, et, comme lui, un fondateur scientifique)

Cet aphorisme aurait aussi bien pu être qualifié de pascalien - vu l'idée du texticule classé 7 dans le recueil des Pensées de l'édition Brunschvicg -, selon laquelle plus vous avez d'esprit plus - paradoxalement ? - vous trouverez les autres intéressants (au lieu de les anuller dans un mépris ou de les nullifier dans une cécité), et moins vous en avez moins vous en verrez chez autrui - et non le contraire, comme le croient et le ressentent les mal-dégrossis (ou plutôt comme ils creusent par là la pauvreté de leur ressentir).
Car les mal-dégrossis sont moins des gogos et des gobeurs -
quoique ceux-ci, gourmands d'effets spectaculaires, existent aussi -
que des défectueux de la vision.
Leur regard expurge la réalité de sa richesse, ce qui leur donne souvent l'apparence de blasés car ils s'ennuient, ne sachant rien voir derrière la banalité ou la défectuosité ou la sobriété du premier plan.
Remarque : les gobeurs et les blasés sont souvent les mêmes à des moments divers.

Il (cet l'aphorisme) pourrait également être dit bourdieu-ien ou pascalien ou duchampien [2], ou freudo-lacanien ou paulinien ou christique, ou tout simplement - mais est-ce simple ? -réflexif -

réflexif

a) quant à l'a-réflexion - dosée proportionnellement à l'ego satisfait et inversement proportionnellement au moi exigeant et proportionnellement au goût du décorum et inversement proportionnellement à l'habilitation des textures fines -,

b) quant au dérisoire du regard d'importance.


Extension :

D'une part,

si X ne peut distinguer Y, c'est que les qualités d'Y ne sont pas clinquantes (pas conformes au décorum).

Voir Pascal et son ironie vis à vis des reines de village qui reignent par le clinquant et le factice (texticule classé 33, édition Brunschvicg), et sa satire induite des dévots de village qui s'enfoncent d'autant plus qu'ils se pensent élevés, honorés et honorables par leur culte rendu à un brillant de pacotille.
Voir Duchamp, dont les célibataires n'en veulent qu'à la monumentalité de leur Mariée, alors que lui-même (Marcel Duchamp) ne s'avance qu'à bruit secret.
Voir Freud et Lacan, et l'objet phallique.

D'autre part,

X n'appréciant que ce qui le rend lui-même plus appréciable, les qualités authentiques ou curieuses à observer chez Y ne recueillent en lui (X) aucun écho, aucun intérêt, si même il les perçoit.

Voir Duchamp, dans le récit duquel les célibataires s'onanisent au miroir de la Mariée.
Voir Bourdieu, dans le récit duquel les amateurs ne goûtent et ne distinguent qu'autant qu'il en escomptent, en retour, d'être goûtés et distingués.
Voir Jésus et Saint Paul dans le mysticisme desquels le petit est justifié (accueilli), le grand abaissé, et quiconque grandi par l'humilité et l'humiliation.

Dans le mythe chrétien, le ON NE PEUT PLUS GRAND élit, considère et sauve de son regard de grâce et d'anti-X tous les Y relégués en marge des Babylones à Grand Spectacle.





[1] Rimbaud non plus n'avait pas de sympathie pour les orgies replètes des dominants - à preuve son poème L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple.
Ce poème - daté de mai 1871 - est synchrone avec l'écrasement de la Commune.
Mais le langage surréel que Rimbaud inaugure ne peut se référer simplement à une réalité historique.
Si les opinions politiques de Souchon, au moment où il écrit Foules sentimentales sont claires, celles de Rimbaud - tout hargneux qu'il fût à ses heures - nous sont inconnues, et rien ne dit qu'il en eût à proprement parler.
Cependant, sa voix - souvent proche du peuple et de la pauvreté (et de la pauvreté bohème qu'il chante dans un poème du même nom) -, son registre - qu'il sait rendre délirant et vital, fréquemment apocalyptique, mais parfois simplement réaliste -, ont un souffle compatible avec une politique révolutionnaire.
Un souffle dévergondé, tel que celui d'Arthur Rimbaud (qui relève rarement - jamais ? - d'un pur laisser aller mais, au contraire, généralement - toujours ? - d'une dramatique précision), me paraît même nécessaire à une authentique combustion révolutionnaire.

Le parallèle effleuré ici entre Alain Souchon et Arthur Rimbaud sera jugé provocateur par les mal dégrossis, captifs des hiérarchies établies.
Rimbaud est un initiateur (il assume la nudité aussi savante qu'impudique de sa subjectivité). La poésie d'Alain Souchon - indissociable de mélodies et d'orchestrations qui ont aussi leur poésie - est, pour notre époque, moins novatrice, moins inouïe, mais elle me paraît souvent pertinente et réellement inspirée.
Quant à l'alors jeune Ardennais, je ne suis pas sans le trouver, parfois, un peu mal vieilli. Ses hyperboles me paraissent ici et là peu consistantes - j'atténue ici ce que j'ai écris plus haut -, son dévergondage verbal me paraît deci delà simultanément bazardesque et emphatique - notamment dans ledit poème L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple - que, néanmoins, je m'en vais relire. C'est fait - et j'y trouve toujours une auto-parodie un peu enflée, comparé aux stupéfactions soit bougonnes soit acérées de textes phares tels que Les Assis, Le Coeur volé (ultra-bougon et littérairement transgressif quoiqu'hyper-précieux) ou Mes petites amoureuses.

Dans L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple, pour un vers définitif tel que

Soyez fous, vous serez drôle, étant hagards,

je trouve mainte approximation, telle que

Société, tout est rétabli,

mainte emphase, comme

Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes,

de nombreuses emphases approximatives, ainsi

O cité douloureuse, ô cité quasi morte

du Rimbaud de deuxième ordre, tel que

Et les gaz en délire, aux murailles rougies.

Lustrer la médaille (l'expression n'est pas jolie et ne reflète pas exactement mon intention) d'un Alain Souchon pas du tout bidon et ternir quelque peu l'idole Rimbaud (que j'aime sans l'aduler) me paraît naturel. Cela correspond, en tout cas, à des goûts et des partis pris que j'essaie de garder indifférents aux panthéons et palmarès et autres contre-panthéons et contre-palmarès.

Je ne suis pas assez savant pour savoir à quel degré le Verbe de Rimbaud fut nouveau (j'emploie ce singulier ronflant : le Verbe par facilité - Rimbaud a écrit des textes et n'a pas qu'un registre).
L'inédit absolu me paraît impossible. Et tel passage de Victor Hugo, par exemple, me semble aussi fou (vertigineux, étrange) que les textes les plus oniriques et expérimentaux du poète teenager. Celui-ci évoque dans la lettre à Paul Demeny - dite Lettre du Voyant - la filiation (romantique) dans laquelle il se situe et la spécificité qui lui paraît être la sienne, après ses prédécesseurs revendiqués, parmi lesquels Hugo.

De manière bizarre, un titre de Hugo est vraiment fou : Mugitusque boum - mais cela m'apparaît surtout si je ne connaîs pas le latin.

Voici du patriarche un dystique étrange :

Il n'est pas de lac ni d'île
qui ne nous prenne au gluau


Ici, un vers insomniaque :

Je ronflais comme un boeuf; laisse-moi. C'est stupide.

Là ceci, compact, morigénant et paradoxal :

Que voulez-vous puiser ô passants de peu d'heures,
Hommes de peu de pleurs ?


Comment qualifier ça :

Le poème muet gonfle la mer sonore
Et, sans cesse oscillant, va du soir à l'aurore
Et de la taupe au lynx.
?

Afin de sensibiliser à Hugo, Leon-Paul Fargues citait de lui :

J'aurais tué Pégase et je l'aurais fait cuire
Afin de vous offrir une aile de cheval.


[2] Le thème évoqué est duchampien car il lie l'attachement envers un objet amoureux à l'attachement spéculaire - célibataire, selon les termes de la Boîte verte - d'un sujet envers lui-même.
Ce qui n'est plus en miroir ne l'intéresse plus.
Le regard célibataire est un regard attaché, selon un bouclage où la sphère objective est noyée, dissoute, anesthésiée dans une stupéfaction narcissique (assez onanistiquement, dit Marcel Duchamp).

Voir : La boule au flanc du plateau - Marcel Duchamp

L'artefact souchonien auquel le troisième aphorisme fait référence : la machine à ravoir à l'eau de Javel les sentiments, peut évoquer (hélas !) une machine célibataire (dispositif fantasmatique qui se ressert toujours le même en contournant l'épreuve d'un dialogue).
Mais ce n'est là qu'une interprétation possible. Alain Souchon ne fait que questionner la possiblité de réhabiliter le même. Sa formule :

peut-on ravoir à l'eau de Javel les sentiments ?

est ouverte et interrogative.