 Relevés du quotidien Critique du paysage Hors-sujet (Le bon, le beau, les maux, les mots) Hors-sujet (Politique) Hors-sujet (Livres) Alteregoscopie Egoscopie Contenant |
Le 22 mars 2007, 18h. Limite sud de la cité Bellevue,
rue Félix Pyat - rue Edouard Crémieux 13003 Marseille.
Environ 1200 sacs plastiques en lambeaux
accrochés aux branches exangues de
jeunes micoucouliers signalent par
leur scintillement et leur agitation les effets d'un soleil
sans voile et d'un mistral soutenu.
Pour d'autres instantanés saisis dans la ville :
Journal intime collectif.
Bientôt une page sur quelques aspects d'un territoire aimé et déploré,
infimement choisi,
infiniment subi.
Voilà l'intention évoquée. Pour en avoir la teneur il
faudra passer
à avril mai
. Le sujet
m'intéresse autant que j'ai du mal à m'y mettre.
le
2 avril 2007
Plutôt un nous qui se compose, vaste et subreptrice, qu'une identification proclamatoire,
abstraite et manigancée par les appareils dominants et les termites bien pensants.
Plutôt un nous qui apparaît avant d'être nommé qu'un étendard
qui ne reflète
rien de réel, sécuritaire et irresponsabilisant.
Un certain nous, incertain nous,
indubitable nous, se dessine à l'occasion des
trois dernières échéances électorales françaises.
Un nous dans lequel je me reconnais sans que son contour ne
soit isolé par le zoom d'un
étiquetage.
Ça se passe dans le champs français, combinaison d'agglomérats
hostiles, où l'un ne s'affirme semblable à certains que
parcequ'il se trouve en opposition avec d'autres. Le Français c'est l'auteur d'un choix-avanie
aux yeux du Français, l'image amputée d'une vision, ou la vision
d'une image amputée.
Ma vision fine voit
celui d'en face comme un relatif primitif. Ce rustre est par définition incapable de me concevoir tel que
je suis, de se figurer mes raisons, car autrement il les adopterait. Chacun se prononce sur
la supposée méprise d'un autre. Mais une chose est sûre : la France
est irréductible à un concept naturel et consanguin.
Tensions électorales
Au deuxième tour de la présidentielle de 2002, lors du référendum sur la constitution
de l'U.E., et maintenant pendant l'actuelle campagne présidentielle, un
nous relie pour un temps
ceux qui, dans la gravité de l'heure, se positionnent dans une affectivité commune et une
raison commune.
2002, face à Le Pen : un nous se détermine dans
la crainte, en posture
défensive, dans la
complexité.
Il s'agit de voter, pas pour une image approchée de ses convictions, mais pour un
Chiracholéra, afin de réduire au maximum les chances que la
peste
brune fasse un stage
aux commandes de l'Etat, et sans déléguer aux électeurs de droite la mission de contrer
la Bête.
En plus de ces arguments suffisants en eux-mêmes,
existait aussi l'attrait
d'un oxymore électoral : donner à Chirac un score ridiculement
haut.
2005, au moment du référendum européen : un nous s'affirme dans
l'espoir, en posture
offensive, dans la complexité.
Position
offensive, car argumenter la résistance
anti-dérégulationniste à ce niveau d'audience et dans ces circonstances a constitué une percée
troublante dans le concert de ceux qui avaient bétonné leur identité de vainqueurs,
surpris, méprisants mais néanmoins battus dans cet épisode,
se démenant pour nier
la réalité de leur mise en échec, incapables pour la plupart d'ajouter une dose de
modestie dans leur cocktail de porte-voix dominants. Complexité, car
porter un non à partir de
la gauche ce n'est pas être contre l'U.E., ce n'est pas se situer dans un repli national,
et ça va souvent de pair avec une fibre européenne que nombreux, parmi ceux qui ont
voté oui,
n'ont pas. Complexité encore, car opposé
dans ses raisons avec le non de droite,
le non anti-libéral se confond numériquement avec lui.
Complexes, les motifs de ce vote
doivent faire de la résistance face au
simplisme que cultivent les grosses machines.
2007, face à la menace que représente actuellement Sarkozy, un
nous réapparaît, dans
la crainte, en position défensive,
dans une relative simplicité.
Dans une simplicité
incomplète puisque, comme bien d'autres, je ne voterai pas pour mes convictions, mais
sans doute pour Royal dès le premier tour. Je vote pour elle dès
le premier tour
car la dynamique pour le second sera meilleure si elle arrive en
tête au premier.
Il existe des candidats plus proches de mes
croyances mais la sagesse d'une alliance militante
a été mise en échec par un esprit de boutique (intérêts de parti,
identité de
groupuscule),
là où un front -
deux ans après le référendum européen - aurait dû s'imposer. Il
me paraît désormais inutile de chercher
la subtilité (je ne voterai pas Besancenot
pour traumatiser le PC, dans une perspective
de recomposition à la gauche du PS ; ni Bové parce que celui-ci, bien que paraissant
moins frais que le
précédent, représenterait une option de
renouveau plus grande).
Je ne
chercherai pas avec une seule cartouche à tuer deux ou trois palombes.
Un objectif éclipse tous les autres : celui d'accumuler tous les éléments pour
empêcher la victoire de la dégradation maximum représentée par Sarkozy. Je simplifie mes
motifs de voter à un seul : le barrage contre Sark'ugly.
Je voterais Bayrou si je pensais
qu'il était le mieux placé pour servir à cet objectif.
A côté d'un inconvénient majeur, la multiplication des candidatures
anti-libérales comporte un avantage : elle
s'accompagne d'une augmentation correspondante du temps d'antenne pour des
voix qui peuvent, pendant un mois, faire entendre sur les grands canaux audiovisuels
des arguments opposés au mainstream
politico-économique.
Pour être exhaustif (sans être bourratif) : l'éventualité d'une
élimination de Royal par Le Pen est-elle à prendre en compte ? a) Je n'y crois pas ;
b) Cela informe tout de même
la réflexion. c) Je n'y crois pas, mais comment en être certain ? Donc : ce
serait un motif
supplémentaire de voter Royal dès le premier
tour, s'il y avait besoin d'ajouter quelque chose à des raisons qui me
paraissent déjà suffisantes.
Régressions
Si une régression, dont il faudrait qualifier les figures, marque le discours
dominant - dans les litanies qui s'imposent dans la plupart des médias, dans la phraséologie
des
candidats majoritaires, dans l'émergence de personnalités qui rabaissent encore le niveau politique
(notamment Nicolas Hulot) -, rien ne prouve que ces glissements influent profondément sur le centre de gravité
idéologique de la société. Le résultat du référendum de 2002 a montré les
limites de
l'emprise du concert médiatique sur les citoyens. Une régression de la vision serait d'assimiler une
régression au sein des grosses turbines à une dérive générale de la société.
On dirait même qu'à l'occasion des deux campagnes récentes, une partie de
celle-ci est plutôt travaillée par
une politisation de bon augure.
Des indices de cette tendance pourraient être
dans la vague d'inscriptions
sur les listes électorales : le nombre des inscrits a augmenté
de 4,2% entre mars 2006 et mars 2007
(de 6,7% entre 2002 et 2007) - la région parisienne
représentant 26% des nouveaux inscrits pour
15% du total des inscrits.
Mon nous surfe sur le
Gulf Stream
A la réélection de Bush j'ai éprouvé de la compatissance à l'égard des
Américains de bonne volonté, j'imaginais combien déprimés il devaient être.
Une identification, un nous
se formait dans mon esprit dans une identification fugace avec eux. L'objet de cette pensée
(les Américains éclairés)
était
un peu futile par rapport aux véritables
victimes des crimes nationaux et internationaux produits par
un débile hyper-puissant.
Mais si Sarkozy est élu y aura-t-il dans un autre pays une âme
compatissante pour s'identifier à notre accablement et solliciter, par ce linéament
miséricordieux, une identité transfrontalière, un nous
transcontinental ?
Si je redoute la victoire électorale
du chef de l'UMP, c'est aussi qu'elle peut
encourager la réélection de la droite à Marseille aux prochaines municipales.
Bush-Sarkozy-Gaudin, triste cohorte dans le monde
tel qu'il me touche et tel que je
le vois... Amicale de semeurs
de souffrance et de gachis.
Mais - confession personnelle - ce qui constitue ma
préocupation première c'est le maintien ou le départ de cette
clique
qui reigne depuis dix ans sur la ville où j'essaie de vivre et que je constate abîmée
par un entravement de ses dynamiques spontanées, une gestion urbaine incompétente
et brutale, le reversement du bien public dans la sphère du profit privé, le mépris, le
mensonge promotionnel.
En ce moment, La Coupe de
l'America commence à Valence.
La municipalité de Marseille avait postulé pour accueillir cette
compétition de voile mais avait été éliminée. Puisse cette défaite de Gaudin en
préfigurer d'autres !
En particulier :
l'échec sociologique de ses projets immobiliers sur la rue de la République
(vendue à 30% à un fond d'investissement originaire du Texas),
et son échec électoral,
en 2008.
Difficile de prévoir que dix mois après sa victoire
l'impopularité de Sarkozy serait telle
qu'elle constituerait un
handicap pour les listes de droite aux municipales.
(Avril 2008)
A Marseille, le PS gagnerait une nouvelle mairie de secteur, mais il fallait
en gagner une de plus pour emporter la ville.
La baisse de la droite à Marseille ne peut cependant se
résumer à un effet Sarkozy
négatif. C'est aussi le signe que la politique noyée sous les
fanfaronnades
a un pouvoir de tromperie important mais qui a ses limites.
Vu la débauche de réalisations à effet, si la poudre aux yeux avait tous les pouvoirs,
la clique municipale sortante aurait été plébicitée par un électorat ébaubi, élargi,
médusé,
enthousiaste.
Exemples d'équipements et projets
totalement ou largement déterminés par le paraître :
tramway, vélos en libre service, la rue de la République soit-disant transfigurée,
construction de tours à la
Joliette, le projet de multiplexe Luc Besson, candidatures à des
adoubements factices tels que Coupe de l'America 2007 (tentative soldée par un échec) ou Capitale européenne de la culture
2013... Chaque article est conditionné pour
le battage médiatique, coupé des dynamiques sociales, des logiques
fonctionnelles et des priorités humaines.
Sarkozy au plan national comme Gaudin-Muselier au plan local en
font l'expérience : la naïveté des électeurs est immense mais pas infinie, les
fictions médiatiques s'épuisent,
le réel a la vie dure. Tel est dupe qui
croyait duper ?
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