Quelques fragiles - accueil

avril 2006
septembre 2006
novembre 2006
février 2007
mars 2007
mai 2007
août 2007
octobre 2007
janvier 2008
mars 2008
avril 2008
duchampisteries
mai 2008
juillet 2008
mai 2007
Bris
Relevé
Sur la raréfaction des espaces intermédiaires
+ -
Nicole GUIDI. encre




(Quelques fragiles)
Relevés du quotidien
Si peu
Mélange athmosphérique
Bris
Relevé
Café de la Banque, 17h30
Métro Réformé
Bar Le Phénix
Graffitis
Graffiti
Un petit
Critique du paysage
Sur la raréfaction des espaces intermédiaires
A suivre... Marseille capital
Intox, contre-intox
Intox, contre-intox
Hors-sujet (Le bon, le beau, les maux, les mots)
Occasionnelle levée...
Bonus
4 maximes républicaines
Bazar des vanités
Un aphorisme
Rien pour l'instant
Hors-sujet (Politique)
Autres nous
Hors-sujet (Livres)
En lisant Bororo
Alteregoscopie
Chanson
Extraits
Êtes-vous amoureux comme vous éternuez ?
Egoscopie
Docteur F.
Vu l'usage des écrits de Duchamp...
Aphorismes
La boule au flanc du plateau - Marcel Duchamp
De l'euphorie caféinée
1 la pesanteur, 2 la grâce... Litanie de fin d'été
Douceur Amère, Naturelle Insomnie, Esthétique Lenteur, Lissage Ethylique
«Avoir l'apprenti dans le soleil»
La poésie sans étiquette
Contenant
Dans mon petit corbillon qu'y voit-on ?
Suggestions du corbillon

«J'aime tes caresses,

tes bisous tendres les surnoms que tu me donnes me blottir dans tes bras où lorsque de la salle à manger blottie cette position pour regarder la télévision lorsque nous dormons ensemble
j'aime tenter de nouvelles expériences que tu me fasses connaître le bon
J'aime parler de toi toutes les parties sans exception doucement sans élever la voix tu commences à ne plus m'aimer chaque jour tu trouves une critique je suis susceptible - dommage - et tu t'es lassé de moi avec toi du passé en acte ou en parole des messages (c'est devenu très rare)»





Affichettes, rue Jean de Bernardy 13001 Marseille :


UNION
DE LAMATRAQUE
ET DUPOGNON
UNION
DE LAMATRAQUE
ET DUPOGNON
UNION
DE LAMATRAQUE
ET DUPOGNON
Flyer. Afternoon Marseille
relevé par Aude





Bmvr cours Belsunce Bmvr cours Belsunce




Sur la raréfaction
des espaces intermédiaires

Texte plus général qu'une lecture d'espace local. Comporte quelques allusions locales. A suivre : prolongements sur des exemples marseillais...

Au cours de certaines périodes, la construction d'immeubles de logements ou de bâtiments publics a intégré comme une règle de savoir-vivre architectural l'aménagement d'espaces de transition.

Perron, parvis, colonnades, cours, haies, plate-bandes, jardinets d'acôtement..., ont constitué des moyens variés de délimiter des surfaces attenantes aux édifices mais ouvertes, permettant au nouvel entrant comme au nouveau sorti de s'acclimater dans un entre-deux, et donnant aux passants non directement concernés l'occasion d'une respiration visuelle et parfois d'une halte.

Héritage du passé ou attributs de quelques constructions récentes semblant faire de la résistance, ces dispositifs sont encore présents dans nos villes. Les prendre en compte ne signifie pas les idéaliser car ils sont souvent inaboutis et maigrelets. Sans valoriser à l'excès un passé insuffisant il est permis toutefois de voir comme une régression leur omission trop systématique dans le nouveau bâti et la neutralisation fréquente de leurs fonctionnalités lors du réaménagement d'espaces existants.

Supprimer ces îlots liminaires a des effets multiples.
L'érosion des marges où le courant se calme - surfaces d'accostage ou de prémisse à la circulation - favorise la précipitation des corps dans un déséquilibre.
Certains gestes anodins s'accomplissent avec moins d'aisance (ranger des objets dans un sac à main avant de s'engager dans le flux piétonnier, s'arranger avant une visite, ouvrir un agenda entre deux rendez-vous, se poser un instant en un point neutre situé aux confins de deux milieux).
Certaines confrontations avec une jeunesse expansive ou une misère désœuvrée sont préventivement évacuées - par la suppression d'espaces propices à la présence de ces espèces indésirables.
Des proximités corporelles au statut incertain sont évitées.


Aisance du corps, proximité des corps

Il est possible de répartir ces effets en deux catégories : une dégradation de l'ergonomie (mot un peu louche, mais dont le contenu n'est pas sans intérêt) ; une liquidation de la convivialité (lorsque celle-ci est autre chose qu'une garniture insipide pour masquer la déshumanisation).

Que l'effet socialement disjonctif des nouvelles normes rencontre une aspiration au protectionnisme spatial fort répandue au sein des classes moyennes (goût de l'entre-soi) ne signifie pas que celles-ci ne puissent ressentir un désagrément devant l'aspect anti-ergonomique de ces normes.
Supprimer la volée d'escaliers devant un théâtre aura l'avantage d'éliminer la bande de sans feu ni lieu qui a l'habitude d'y stationner et en dépare les abords ; mais cela aura également pour effet de réduire la respiration psychosomatique des spectateurs après le spectacle, alors moins à l'aise pour boutonner leur manteaux ou renouer leur écharpe, mis trop abruptement de plain-pied avec la rue prosaïque sans pouvoir jouir d'une transition en dégradé hors la matrice ineffable qu'ils viennent tout juste de quitter.

Cet exemple signale à traits appuyés quelque chose qui est à l'œuvre dans la plupart des changements de milieu, d'activité ou d'état. Un changement sans désagrément est généralement un changement progressif, en pente douce ou par paliers.


Cosmos et transitions


Pouvons-nous imaginer vivre sans dommage des réveils brusques, suite auxquels, habillés et débarbouillés en un clin d'œil, nous soyons basculés immédiatement dans une rame de transport en commun, au volant d'un véhicule déjà lancé sur une voie d'autoroute, ou, placés instantanément derrière un guichet, sommés de répondre illico à la demande d'un client surgi du néant ?

La nature elle-même a des égards envers nous et nous fait passer de la nuit au jour par les gradations de l'aube et de l'aurore.

Une ville sans espaces intermédiaires serait comme une terre non plus ronde mais cubique, où le passage de l'obscurité à la clarté du jour se ferait non plus de manière lente et continue mais dans le heurt traumatique de la discontinuité, sans préparation naturelle, dans l'urgence d'une accomodation à accomplir de manière soudaine, comme pour rattraper un retard, et forcément panique.

Le passage entre un intérieur à un extérieur va souvent de pair avec d'autres changements : du statique à la circulation, de l'anonymat au rapport à autrui, de l'intégrité privative à la sollicitation... Ces phénomènes ordinaires, où les rapports sociaux s'articulent avec la conformation des lieux (sans que l'un ne reflète nécessairement l'autre), s'ils sont vécus de manière répétée dans de mauvaises conditions, peuvent contribuer à un malaise indistinct et à une fatigue nerveuse (surtout ajoutés à d'autres désordres urbains et vécus par des personnes sensibles ou vulnérables).
Aménager les passages avec l'attention et la bienveillance que peut traduire telle ou telle ressource architecturale c'est agir sur la qualité de la vie et sur le confort de la ville.


Cohabitation passagère des différences


« Beau comme la rencontre sur une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre. » Lautréamont

Aménager des stations à usages multiples, permettant à des figures hétéroclites de citadins de cohabiter un moment, contribue à une culture de la confiance, de la disponibilité, de la proximité avec le Très-Haut le très-autre.


A suivre



Pour continuer cette recherche, quelques pistes :

Périodisation

Choisir des bâtiments d'âges diverses. Examiner le traitement des surfaces intermédiaires dont ils témoignent.
Peut-on détecter des périodes au cours desquelles ce sont les interfaces élargis qui prévalent et d'autres où dominent les frontières abruptes ?

Lors de réaménagements d'espaces existants, quelles réformes éventuelles subissent leurs organes de seuils et de bordures ?

Classement selon la fonction des bâtiments

Considérer des bâtiments ou des portions de bâtiments à vocations diverses : habitat, administration, commerce, éducation, culture... Constater leurs tendances respectives à accueillir des transitions accueillantes.

Grammaire des dispositifs

Géométrie : distinguer parmi les espaces de transition les surfaces plutôt extérieures et convexes, plutôt intérieures et concaves, en hauteur ou en contrebas... Considérer des éléments tels que couverture, rembarde, colonnes, marqueurs d'espace intermédiaire. Noter la double fonction de certains éléments (par exemple, le balcon du premier étage qui sert d'auvent pour une entrée d'immeuble).
Textures et matériaux : utilisation du végétal, de l'eau ; diverses types de surface et de volumes...

Poser un concept global de surfaces-havres (du refuge pour piéton au banc public, jusqu'aux diverses surfaces de transition étudiées ici) et distinguer, au sein de cette catégorie générale, celles qui font fonction d'îlots et celles qui relèvent de la berge.
Remarquer qu'une île peut avoir des berges. Un jardin public est une île - et potentiellement un archipel - qui peut comporter des espaces liminaires sur son pourtour et à ses entrées...
Iles, berges. Comment le traitement par l'urbanisme de ces deux sous-espèces révèle les valeurs qui le régissent.

Culture civile


On débouche alors sur l'horizon politique, culturel et civilisationnel.
Les questions de seuils sont inextricablement liées à la manière d'articuler le public et le privé, le libre et le marchand, la valorisation du commun ou le marquage des séparations.

L'architecture interagit ici, comme à bien d'autres endroits, avec la dialectique des sécurités.

Bmvr cours Belsunce La résolution du rapport architectural entre intérieur et extérieur dépend des tensions entre les groupes sociaux, ainsi que de l'idéologie des gestionnaires et des rapports de forces (rapports de forces = énergie propre à chaque groupe, puissance économique, règlements juridiques, poids démographique..., toutes les ressources que chaque catégorie peut mobiliser pour élargir son territoire, modeler l'espace selon son besoin et sa vision, contenir la présence de l'autre dans certaines limites ou même l'éliminer).

La succession des styles et des dispositifs dépend certes de facteurs technologiques ou d'enjeux esthétiques plus ou moins autonomes, mais Bmvr cours Belsuncela situation sociale et politique détermine aussi des préférences architecturales.

Au sein d'une même ville, les tensions pèsent différemment selon les zones géographiques. On devrait logiquement constater que le traitement des bordures et des seuils varie selon le niveau de confrontation existant sur tel ou tel territoire, selon les tensions ressenties dans tel ou tel quartier.

Le centre-ville de Marseille est un territoire à haute tension. C'est la rhétorique guerrière de la reconquête du centre-ville qui, à des nuances près et sous des formulations fluctuantes, accompagne depuis une centaine d'années (!)

Architecture ouverte : architecture de paix


« Quand le doge Sebastiano Ziani (1172-1178) reconstruisit le palais ducal, il ne lui donna plus la forme d'un ancien manoir, mais voulut que ses structures soient ouvertes ; il l'entoura de portiques et de loggias, ouvrit les façades vers la lagune et la ville. (...)
(Palais ducal)
Venise - Palais ducal - XIIe siècle

Au cours des siècles, les arts se conformeront à ces concepts, avec les formes ouvertes du dessin vénitien, l'empty center des peintures, les mille fenêtres des palais, les villas ouvertes de la campagne vénitienne. En effet, l'expérience des Vénitiens émigra aussi sur la terre ferme.

(Palladio)
(Palladio)
Région de Vicence - Villa Pisani, Andrea Palladio - XVIe siècle

Il est logique de penser que le type de villa qui nous intéresse le plus, celui qui tend à la fusion des espaces intérieurs avec le milieu ambiant, des pièces et des loggias avec le paysage, se justifie le mieux, comme le palais ducal à l'époque de Ziani, quand la situation politique est particulièrement tranquille. »

Michelangelo Muraro
Civilisation des villas vénitiennes

(Palladio)
Vicence - Palais Chiericati, Andrea Palladio
les politiques des édiles sur ce secteur. Il serait logique que cela apparaisse dans maints exemples architectuaux (par exemple, dans la physionomie de la récente bibliothèque municipale du cours Belsunce, construite en phase d'offensive de la droite pour remodeler le centre-ville conformément à sa vision).
...

L'ombre et la lumière, le végétal, la vitesse de déplacement d'un piéton, le point, la ligne, le plan... La manière dont sont investies ces matières élémentaires est certainement culturelle, mais qui peut dire qu'elle n'est pas politique ?

L'intérêt porté à l'espace interstitiel ne dépend-il pas du degré souhaité d'interpénétration et de contact, ou d'exclusion et d'isolation, entre les groupes, les classes, les individus ?

Analogies et dépendances entre le spatial et le social, architecture déterminée, architecture déterminante...

Si comparaison n'est pas raison et si la facilité de l'analogie conduit parfois à des équations plus séduisantes que réelles, certains parallèles formels entre l'espace concret et l'espace social peuvent aider à une compréhension des projets de société.

Les plate-bandes de la voie publique, les passages entre les différentes surfaces, volumes et territoires, présentent une analogie avec la perméabilité sociale.
Primat de la paroi dans l'architecture et épaisseur des murailles sociales...
Interpénétration des espaces et interpénétration des groupes...


Ces analogies entre les dispositifs spatiaux de passages/séparations et les rapports sociaux entre les groupes ne signalent-elle pas une relation de dépendance entre les deux niveau ?

Se pourrait-il que la réduction du passage à une simple occlusion dans un mur (si possible surveillée par un vigile ou régulée par un digicode) n'entérine pas un idéal de séparation hermétique dans lequel les contacts et les échanges seraient réduits au minimum ?
...

L'ampleur des espaces intermédiaires se trouve en opposition avec deux autres avatars de la logique capitaliste : le repliement sur l'intérieur domestique et l'aspiration par la sphère marchande.

Précision

Si la rétraction des seuils me paraît aujourd'hui se généraliser, cette tendance n'est pas uniforme. Il est peut-être un peu rapide de qualifier de norme ce phénomène.
A trop généraliser on oublie que si une ville est un tout, l'interdépendance de ce tout implique de grandes différences.
La prolifération actuelle des dispositifs sécuritaires et la raréfaction des points de convivialité dans l'aménagement urbain sont cependant indéniables. Ces questions ne se résument pas au thème considéré ici, mais celui-ci peut être un moment dans une analyse plus large.
Au cours des deux siècles écoulés, les tendances au minimalisme ou au déployement des transitions ont pu alterner. En France, les entrées des immeubles ordinaires du large XIXème siècle ont accordé peu de place aux transitions  : perron minimaliste d'une ou deux marches, seuil limité à l'épaisseur du mur de façade. Autour des années 1960-1970, les seuils et les bordures sont plus développés. Mais il semble que l'ordinaire de la période actuelle se détourne à nouveau de l'aménagement liminaire. Peut-on, avec toutes les précautions qu'impliquent, malgré tout, les variantes et la diversité des options constatées, affirmer que la tendance actuelle est plus accueillante qu'il y a un siècle mais moins qu'il y a vingt ans ?...
Mais cette formulation - "tendance d'une époque" - est-elle tout à fait pertinente ? Différencier selon le temps ne doit pas dispenser de différencier selon l'espace. Si l'époque est un discriminant elle n'est pas le seul.
L'attention portée aux époques risque de brouiller la pluralité des espaces et leur coefficient variable de conflictualité.
Ensuite

Les termes d'ergonomie et de convivialité me paraissent opérants pour nommer deux types d'effets produits par les espaces intermédiaires sur l'usager individuel et collectif. Ces concepts demandent sans doute approfondissement. Ils devraient peut-être être nommés différemment.

Approfondir c'est aussi mobiliser substantifs et métaphores, récupérer des outils théoriques - par l'analyse, la spéculation, la fiction...

En projet, pour étayer un point rapidement évoqué dans ce texte : un panorama de propos tenus et d'actions menées pour stigmatiser et chasser les pauvres du centre-ville de Marseille - avec divers degrés de réussite selon les époques.
Et, pas si loin de la question précédente : une lecture des espaces intermédiaires de la bibliothèque du cours Belsunce (façade, entrée, bordures).

Il s'agirait aussi de visualiser et de décrire à partir d'exemples.

Le maigre échantillon photographique en marge de ce texte ne dispense pas d'un relevé visuel plus systématique qui signalerait, à propos de la récente bibliothèque municipale de Marseille - cas d'école - et d'autres édifices - immeubles d'habitation, etc... -, la visée assez lamentable, posée en tant que telle dans le cahier des charges, d' évacuer l'aléa et la convivialité des seuils.
A contrario : intérêt d'un relevé de seuils élargis fonctionnant encore comme plate-formes paisibles et/ou chahuteuses,
occasions
pour du commun
de s'agglutiner
et pour des différences
de se juxtaposer.

(css)
(xhtml)
Dernière modif.
07 06 2008




http://www.nicoleguidi.com
Saisissez votre commentaire, salutation, idée lumineuse ou obscure, propos expert ou autre dans la boîte ci-dessous.

Signature* :  E-mail* :
 Site internet* :
* Champs facultatifs.
Les adresses E-mail ne sont pas communiquées.  


le 01-08-2007, à 15h53, de nicole guidi
première impression très bonne, site élégant et bien foutu je m'attarderai plus tard sur les textes qui dejà me parlent, lettre au docteur F etc.. j'adore les pages avec photo qui donnent une idee de reportage ou de toi qui marche dans la ville
http://www.nicoleguidi.com