NOTES :
Arbitraire du signe linguistique
Un illustre penseur
défendit (ou joua à défendre ?) l'idée contraire :
dans le Cratyle, Platon met en scène un Socrate par moments
aussi fumeux
qu'enjoué qui situe la phonie des noms dans
un rapport quasi mimétique avec les idées qu'ils signifient.
(...)
A l'opposé : la contingence des mots est intégrée
dans une construction scientifique.
Dans Clefs pour la la sémiologie,
Jeanne Martinet écrit : «Le lien du signifié "arbre" à la phonie /arbr/ n'est motivé par aucune
raison naturelle ou logique. C'est pourquoi Saussure rejette ici le terme
de symbole.»
Beaucoup d'efforts pour mieux dire consistent à
re-motiver le langage
Ecrire "pipelette"
au lieu de "bavard-e" motive doublement la parole : sur le plan
phonique et sur le plan métaphorique. A rebours,
pipeau perdrait la grâce mimétique que /pipo/ lui octroie de se voir appeler, comme il est
permis par le dico, "flageolet" ou "chalumeau".
Orgone
Dans
l'Analyse caractérielle
Wilhelm Reich écrit : «Nous trouvons le rayonnement et l'athmosphère azurée de l'énergie
d'orgone dans les merveilleuses créations d'un Van Gogh et non dans les oeuvres
de ses contemporains académiques.» (...)
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Édito
Les deux premiers
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Gsignificati
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C3%A9&btnGsi
gnification+
onomatop%C3%
textes de cette page ont pour objet l'humeur.
Le premier évoque
un état factice : artifice de sommet de carton-pâte, dépendance des tendances
survoltées (phase haute) vis à vis des tendances dépressives (phase basse).
Le second parle de l'état bas.
Ce thème surgit après une méditation sur un aspect du langage.
Le troisième est exclusivement une méditation
sur les mots - méditation morale,
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à propos d'une tendance à privilégier le brillant du texte.
Négligence vis à vis
de l'Idée, provenant d'un abandon
aux penchants
esthétiques. Renoncement à toute rigueur par le triomphe d'un
semblant mieux
adapté à une demande surtout sensible aux sortilèges du
paraître.
Cette critique se présente sous forme poétique (disputant
son espace face aux seules prérogatives du fond), au risque de reproduire ce
qu'elle dénonce.
Ça fait longtemps que
je n'ai plus éprouvé un
bien-être optimiste
et conquérant. Cette humeur n'est pas un état que je me recommande.
Je sais ce qu'elle a d'artificiel et d'intenable sur la durée.
Ce n'est pas ainsi qu'on réalise.
Il s'agit d'une revanche précaire sur une condition globalement éteinte,
dont elle refoule la réalité mais qu'elle ne dépasse pas durablement.
L'euphorie caféinée est un motif solidairement inscrit sur un fond déprimé.
Etat passager d'esclave ivre qui se croit soudain maître,
mais dont cette croyance
atteste à son insu la profondeur d'une déchéance qu'il jouit, dans des fastes
imaginaires, d'exorciser en un fragile festival énergétique.
Il faut reconnaitre cependant à ceux qui sont le jouet de tels mirages,
une certaine fraîcheur d'âme, une candeur non absolument dénuée de générosité,
quand bien même leur comportement se teinte d'une composante variable d'agressivité,
ce qui est souvent le cas. Le sens de la prudence baisse la garde.
L'humeur entraînante prend le dessus.
Et ces comportements, les tempéraments plus équilibrées prémunis contre de tels
errements,
en ne risquant jamais de s'y faire piéger manifestent souvent,
non une véritable maturité, mais la maîtrise de leur rôle social,
balisé, acceptable.
Si je ne me plains pas d'être devenu inaccessible aux
turgescences spirituelles signalées ci-dessus, je m'inquiète toutefois de ne
plus jamais être
effleuré par le moindre écho de ces tourbillons illusoires.
A ce point débarrassé d'un moi intempestif, je
crains que cela ne soit dû non seulement à un caractère plus lucide mais également,
hélas, à une fatigue du corps et à l'évidence obstinée d'une existence décevante.
Envie de m'arrêter pour quelques lignes à
ce thème rebattu
du rapport de l'apparence des mots avec leur signification.
La version actuelle de l'honnête homme se doit de
posséder dans son petit bagage l'article selon lequel ce
rapport est essentiellement dépourvu de raison.
Enrôlement
d'un signifiant au service d'un signifié = produit arbitraire
d'une
convention.
Je ne parle pas de l'existence d'un signifié, qui répond toujours
à un besoin pratique,
intellectuel ou affectif...,
mais de son association avec le
signifiant auquel il délègue la fonction de le manifester.
Je ne parle pas de tous les signifiants, mais seulement des signifiants verbaux, des
emballages linguistiques.
Dans l'aléa du brassage lexical,
il peut cependant m'arriver de ressentir un accord entre
la physionomie sonore d'un mot et sa fonction sémantique. Remarquer cette adéquation
comme rareté signale encore comme règle générale
le peu
de connivence entre
l'apparence du signe linguistique et son objet.
Minoritaires sont les mots qui ne se réfèrent
pas simplement à leur définition mais qui portent une
véritable expressivité, une expressivité qui ne voltige pas hors du sens garanti
par le dictionnaire, mais qui va dans le même sens
que lui, renforçant son impact.
marasme appartient à cette minorité.
Blème et affublé d'un faux pli de chair pendante,
collant au fond du plat au point
de ne pouvoir s'en dégager, de tous
les synonymes disponibles pour dire un
délabrement languide, une
déconstitution nauséeuse, celui-ci me paraît le plus apte.
La dépression, le malheur, la tristesse, le dégoût,
l'overdose de misère et d'emmerdements, la démotivation, l'intégration dans la conscience
intime d'une relégation vitale, le sentiment consécutif au
constat de panade, le ça ne s'arrêtera donc jamais, le
je ne sais plus quand ça a commencé
et je ne crois pas que ça cessera un jour, le printemps sans floraison,
le martellement dans la tête, la constriction de
l'½sophage, le dérèglement digestif, tout ce qui se situe
aux antipodes
de l'orgone de Wilhelm Reich
(concept beau et souverain même si les attendus théoriques peuvent en être délirants),
tout ce qui s'oppose diamétralement à
la limpidité
et à la densité de l'inscription de l'être dans son milieu,
je le trouve très bien nommé, communiqué, rendu tangible par ce mot : marasme.
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